Restructuring : la solution de l'étranger

16 fév 2015 à 14h19 par Support Publicis Webformance

Face aux réticences des banquiers à leur prêter de la « new money », les entreprises françaises en difficulté peuvent se tourner vers des investisseurs étrangers, de plus en plus intéressés par leur valeur décotée.

Si, à l'échelle d'un Etat, la restructuration en cours de la dette grecque est exceptionnelle, elle est plus courante qu'on ne le croit au niveau microéconomique. « Pour sauver une entreprise midcap confrontée à un endettement massif, l'intervention de tiers financeurs moyennant une renégociation de la dette est de plus en plus fréquente », assure Daniel Ramakichenane, associé du cabinet Wingate. Et, à ce jeu-là, ce sont surtout des acteurs étrangers qui se préoccupent des « canards boiteux » du marché français. « Après s'être intéressés aux entreprises portugaises et espagnoles, ces investisseurs viennent se pencher au chevet des entreprises françaises en difficulté », poursuit le spécialiste du restructuring. Au premier rang, se trouvent majoritairement des fonds d'investissement anglo-saxons, basés à Londres ou aux Etats-Unis. « Pour le moment, ces dossiers ne sont pas encore légion même si nous constatons qu'il y en a de plus en plus, affirme Pascal Bonnet, associé chez KPMG. Mais il est certain que ce phénomène encore limité va se développer dans les prochaines années. »

Le risque du fonds vautour

Et pour cause : ces investisseurs pallient bien souvent les déficiences des banques qui, contrairement à leur discours officiel, refusent la plupart du temps de prêter aux entreprises en grande difficulté le moindre euro de « new money ». « Les banquiers expliquent qu'il ne s'agit pas de leur fonction première, ajoute Pascal Bonnet. Par conséquent, lorsqu'une entreprise a besoin d'argent frais afin d'éviter la faillite, ces investisseurs représentent bien souvent une solution parmi les derniers recours. »

Problème pour les entreprises : ne pas se laisser tenter par le premier venu, au risque d'avoir affaire à un fonds vautour qui se contenterait de venir piller ses maigres restes. « Ces réticences, si elles sont légitimes, doivent être raisonnées : si certains fonds sont mal intentionnés, ce n'est pas le cas de tous et, malgré leur taux de rendement attendu très élevé, ils permettent à l'entreprise de poursuivre son activité contre une issue très incertaine dans le cas contraire », nuance Daniel Ramakichenane. Et Pascal Bonnet de confirmer : « L'intérêt de ces fonds est d'apporter de la "new money" à l'entreprise au moment où les créanciers refusent de réinjecter de l'argent. Au bout du compte, parfois, ils sauvent l'entreprise d'une faillite certaine. » Comme une opération de la dernière chance.

À noter : En 2014, les défaillances d'entreprise en France ont atteint un nouveau record avec 63.400 faillites, selon une étude d'Euler Hermès. Si les TPE et les PME constituent le gros des troupes, les grandes entreprises ne sont pas épargnées, avec 180 faillites recensées entre septembre 2013 et septembre 2014.