Stéphane Cohen, premier expert-comptable francilien

30 déc 2014 à 10h33 par Support Publicis Webformance
Par Les Echos, le 17/12/2014

Il aime les costumes anglais, les boutons de manchette, le golf… et les chiffres. Depuis ce matin, Stéphane Cohen préside l'Ordre des 5.747 experts-comptables d'Ile-de-France. Il en était numéro deux. Le geste ample, le regard grave, l'homme se plaît dans l'action, avide de faire bouger les lignes d'une profession qui dispose, depuis une ordonnance de 1945, d'une compétence exclusive : contrôler les comptes des entreprises.
Lui se définit comme « entêté, impatient, excessif ». Il est surtout passionné. Et défend la profession corps et âme : « En 2008, j'ai pris la tête, au sein de l'Ordre des experts-comptables d'Ile-de-France, d'une commission de lutte contre la fraude. Dans la région parisienne, il y a autant de faux expertscomptables que de vrais. C'est une nébuleuse, comme le crime organisé ! » raconte-t-il. Imposture à la TVA, cotisations détournées… Stéphane Cohen évoque cette femme qui a perdu 300.000 euros et son fonds de commerce après s'être fait duper par un escroc qui prétendait vérifier son bilan. « Localement, les moyens de contrôle étaient trop faibles. J'ai créé un site où il est plus facile de vérifier que son expert-comptable est inscrit à l'Ordre », déclare celui qui ne s'est pas arrêté là. « J'ai aussi engagé un commandant de police à la retraite, un ex de la brigade financière, pour mener des filatures, prendre des photos. En quatre ans, on a fait tomber 2.000 fraudeurs », assure-t-il avec autorité.

« Serial entrepreneur »
A sa manière, Stéphane Cohen est un serviteur de l'Etat. « Nous sommes le tiers de confiance de l'économie, plaide-t-il. Nous permettons à Bercy, notre ministère de tutelle, de recouvrer des recettes fiscales et sociales. » Quant à la loi Macron sur les professions réglementées, il assure avoir pris les devants. « Nous nous sommes réformés, en ouvrant notre capital, en proposant d'autres services aux entreprises, comme le conseil en financement ou la gestion de patrimoine », se félicite l'intéressé.
C'est pourtant dans le privé que Stéphane Cohen s'est fait un nom. Dès l'âge de vingt-cinq ans, lors du stage qui clôt son diplôme d'expert-comptable, il pilote une fabrique de mobilier de bureau, achetée par son père, en Mayenne. « Mon père s'occupait de la partie industrielle. Moi de la finance. Nous avons racheté au tribunal de commerce, progressivement, 16 PME en difficulté du secteur. En mai 1999, on a revendu l'entreprise, qui réalisait 60 millions d'euros de chiffre d'affaires et affichait 7 % de rentabilité nette », souligne-t-il avec entrain.
Sa fierté, non dissimulée, se nourrit d'un autre fait d'armes : la création de jeune pousse « eformalités » la même année. En pleine bulle Internet, les « business angels » se laissent séduire par ce projet : une plate-forme permettant aux clients de s'acquitter sur le Web de leur paperasse administrative. « J'ai loué une salle dans le 16e arrondissement de Paris et présenté le modèle. J'ai collecté 1 million d'euros. J'aurais signé pour dix fois moins », avoue-t-il.

Réseau et bagou
Tout est parti d'un solide réseau : connaissances, amis, investisseurs. Son bagou et sa start-up, qui figure parmi les outils dont le ministère de l'Economie s'est inspiré pour développer son propre service en ligne, faisant le reste. Une « success story » loin des revers que ce « serial entrepreneur » de quarante-sept ans veut éviter à ses clients. Car il a revendu ses parts et fondé à Paris, en 2010, le cabinet Wingate, spécialisé dans la restructuration de dette et l'ingénierie financière. « Je convaincs les banquiers qu'il est parfois plus intéressant de récupérer tout de suite 25 % de la dette en cash et d'oublier le reste de la créance, qui peut être reprise par des fonds d'investissement », glisse Stéphane Cohen. Ce patron, à la tête d'une PME de 15 personnes, a une idée fixe : tout faire, en amont, pour éviter la cessation de paiements. « Au tribunal de commerce, il est souvent trop tard. Dans 85 % des cas, cela se termine par une liquidation judiciaire », reconnaît-il. Au-delà, ce gros bosseur se verrait bien pêcher en Indonésie. On peine à croire qu'il se contenterait de contempler les flots turquoise de l'océan Indien…