Quelles sources de financement pour les TPE-PME ?

11 mars 2014 à 16h35 par Support Publicis Webformance
Conférence plénière - salon des Entrepreneurs - 5 février 2014
Ils étaient plus de 800 chefs d’entreprises et porteurs de projets, jeudi 6 février dernier, dans l’amphithéâtre bleu du palais des Congrès, à assister à la table ronde organisée par l’Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France et par son président Julien Tokarz.

On y a parlé prêts à la création et au développement, mais aussi cycle schumpétérien, ampoule électrique et véhicules de tourisme avec chauffeur.
On y a également rappelé la nécessité d’être accompagné par un sachant, « plutôt un expert-comptable », à chaque étape de la vie de l’entreprise.

Mais d’abord, cette première question : le financement, c’est important pour l’économie ?
« Le financement, c’est LA base de la croissance économique » assure Nicolas Bouzou.
« Nous sommes aujourd’hui dans une situation économique comme on en retrouve tous les cinquante ou soixante ans, et dans laquelle la question du financement y est particulièrement centrale.
Tous les cinquante, soixante ou soixante-dix ans, nous assistons au redémarrage d’un grand cycle économique, ce qu’on appelle, dans notre jargon, un cycle schumpétérien, et qui, au fond, est un cycle d’innovation.
C’est-à-dire que l’on assiste à l’arrivée de tout un tas de nouveaux produits ou technologies – voitures sans chauffeur, drones, biologie moléculaire… –, susceptibles d’irriguer l’ensemble du système productif.
Prenons l’ampoule électrique par exemple. Elle n’a pas seulement changé des choses dans le secteur de l’éclairage ; elle a changé beaucoup de choses dans toute l’économie.
Lorsque l’on se trouve dans une période comme celle-ci, dite de synthèse créative, l’économie a besoin de deux choses : elle a besoin d’intelligence, et elle a besoin de capital – et donc de financement. »
« Un bon pays est un pays qui attire l’intelligence et qui attire le capital », nous dit l’économiste.

Alors, la France est-elle un « bon pays » ? Qu’en pensent les entrepreneurs ? questionne Julien Tokarz.
Pour Stéphanie Pelaprat, fondatrice de Restopolitan, « on a la chance d’être dans un pays où presque tout est possible ».
Du point de vue de Lucien Jibert, président de Paris Initiative Entreprise, « bien sûr qu’il y a trop de prélèvements, mais jamais les entrepreneurs en France n’ont eu autant de moyens, de solutions et d’outils pour créer une entreprise ».
Chaque mois, en France, les banques prêtent aux entreprises entre 15 et 20 milliards d’euros de nouveaux crédits (sources : Fédération bancaire française et Banque de France).
Dans le même temps, de nouvelles plateformes de crowdfunding apparaissent chaque semaine pour pallier le supposé difficile accès au crédit bancaire. Qu’en est-il vraiment ? Revue de détails.

Pierre Bocquet est affirmatif : en 2013, ce sont 200 milliards de nouveaux crédits qui ont été prêtés aux entreprises.
80 % du financement des TPE-PME est un financement bancaire.
Les banques françaises sont d’ailleurs les championnes d’Europe de l’accès au crédit, si l’on en croit le gouverneur de la Banque de France.
Les banques : prêteuses mais trop frileuses ?

Créer une relation de confiance, pérenne, assortie d’un dossier « bien ficelé » serait la meilleure façon de convertir son banquier à son projet.
Enthousiaste, Lucien Jibert affirme : « Les banques, quand on sait les convaincre, elles y vont ! ». Et Dominique Caignart d’ajouter : « On n’a jamais deux fois l’occasion de présenter à son banquier un bon projet. C’est la première fois qui compte ».
Qui est cet entrepreneur ? Est-ce qu’il maîtrise son sujet ? Est-ce qu’il connaît bien son marché ? Est-ce qu’il sait en parler ? Est-ce qu’il en connaît les atouts, les limites, les siennes aussi ? Autant de premiers éléments qu’analyse le banquier, nous dit Pierre Bocquet. Viennent ensuite les questions concernant l’entreprise : est elle bien armée ? Dispose-t-elle de fonds propres ? De capacités d’autofinancement ? Le projet est-il clair ? Rentable ? Est-il capable de générer des flux ? Est-ce que l’entrepreneur a une bonne analyse des risques par rapport à son projet ? Est-ce qu’il saura les anticiper ?
Pierre Bocquet insiste : « le dialogue et la transparence sont essentiels », avant de rappeler : « il faut être épaulé dans la construction de vos projets et plans de développement ; l’expert-comptable est un partenaire incontournable ».
























Partenaire, conseil, accompagnant, Stéphane Cohen, vice-président de l’Ordre des experts-comptables Paris Île-de-France lance, sans équivoque : « la première des choses qu’il faut bien avoir en tête, c’est qu’on ne crée pas une entreprise sans fonds propres, c’est la base même ; et même si à une époque, le législateur avait dit qu’on pouvait monter des entreprises avec un capital d’un euro, ça n’est pas possible. On ne peut pas attendre d’ailleurs l’intervention de banquiers, quand il n’y a pas d’apport en fonds propres ; le banquier, ce n’est pas un actionnaire et il est à sa place. »
C’est là qu’interviennent les réseaux d’accompagnement, comme Paris Initiative Entreprise ou Paris Entreprendre, à travers, notamment le prêt d’honneur.
« Le prêt d’honneur est un prêt à taux zéro, sans garantie, qui permet à l’entrepreneur de compléter ses apports personnels avec l’objectif de faire levier sur la banque », rappelle Lucien Jibert.
Paris Initiative Entreprise (PIE) prête entre 10 000 et 60 000 euros par projet ; ensuite, les banques peuvent aller jusqu’à prêter six fois autant.
En 2013, intramuros, PIE a financé avec des prêts d’honneur et des prêts NACRE, 211 entreprises pour un montant de 7,5 millions d’euros, et mobilisé, en contrepartie 19 millions d’euros de prêts bancaires professionnels.
De l’argent, mais pas que. Au sein de PIE, un pool de 80 chefs d’entreprises, véritables mentors, accompagne les entrepreneurs dans leurs prises de décisions stratégiques et les aide à mieux étudier leurs marges, leurs prix…
Et les résultats sont là : après cinq ans d’existence, 80 % des sociétés que PIE accompagne existent toujours (contre une sur deux en moyenne nationale).
Stéphanie Pelaprat est de ces entrepreneurs-là.

En 2006, quelques euros de love money en poche, elle obtient un prêt d’honneur d’un montant de 40 000 euros. Effet de levier : la banque lui accorde aussitôt un crédit de 70 000 euros. Quelques prix à des concours de création d’entreprise et c’est parti pour Restopolitan !
Un an plus tard, en 2007, et alors que Restopolitan n’a pas le premier euro de chiffre d’affaires, elle réalise une levée de fonds de 450 000 euros contre 10 % du capital (financement des lois TEPA sur la partie ISF).
En 2012, c’est auprès d’un pool de business angels stars, dont Xavier Niel, Jacques-Antoine Granjon, et Marc Simoncini que Stéphanie Pelaprat lève un million d’euros.
« Durant les cinq premières années, nous avons travaillé sur un business model autour d’une solution logicielle, de l’innovation informatique pour les restaurateurs ; nous avons alors engagé énormément de dépenses en recherche et développement. Et le résultat, fin 2011, c’est 150 000 euros de chiffre d’affaires et 1,7 millions d’euros de pertes. Là, on se rend compte qu’il faut être sérieux, qu’en effet une start-up, c’est une vraie entreprise et qu’il faut dépenser 1 pour gagner 2. On décide alors d’opérer un pivot stratégique dans notre business model. On est reparti à zéro – avec les huissiers qui toquaient tous les jours à la porte. Sur notre nouveau modèle, en 18 mois, on a réalisé un peu plus de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce qui me permet de vous dire aujourd’hui que l’une des meilleures sources de financement, c’est l’autofinancement ! »


























Il arrive parfois que les banques elles-mêmes aient besoin d’être garanties pour apporter leur crédit aux entrepreneurs. C’est notamment l’objet de Bpifrance. « On aide les banques quand elles ont besoin d’être aidées, mais dans 95 % des cas, elles font le job », nous précise Dominique Caignart. « On s’occupe des 5 % de dossiers qui, soit par leur nature, soit par leur phase de vie (création, transmission, démarche à l’international) nécessitent une garantie supplémentaire. »
Bpi intervient tout à la fois comme un réassureur, comme un valideur de projet, notamment sur l’innovation, comme un prêteur et un investisseur en capital aussi.
Concrètement, comment cela se passe-t-il ?

« Pour faire gagner à tous du temps, de l’énergie, et parce que le banquier de proximité connaît mieux le porteur de projet, jusqu’à 100 000 euros, c’est le banquier qui gère. Pas de dossier, ni de délai supplémentaire. C’est lui qui va procéder au premier diagnostic ; et si le porteur de projet répond à la grille d’analyse Bpi, le banquier va pouvoir engager Bpifrance pour son compte. Au-dessus de 100 000 euros, la demande de financement peut être formulée directement auprès de Bpi.
Nous intervenons sur quasiment tous les outils de financement possibles et je mets au défi quiconque de trouver une rupture dans la cohérence de la gamme de nos produits ; le plus petit crédit accordé par Bpi, c’est un crédit de 2 000 euros (prêt à la création) mais on a aussi mis 700 millions d’euros dans une entreprise qu’il fallait sauvegarder au niveau national ».
Une période d’innovation comme on en connaît aujourd’hui est une période très propice aux financements par les fonds propres. Et les fonds propres, c’est deux choses : premièrement, le taux de marge des entreprises – beaucoup plus faible en France que partout ailleurs dans le monde, puisque la France affiche un taux de marge de 28 %, alors que la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou même l’Italie sont à 40, voire 45 % ; et deuxièmement, le capital-risque/ amorçage/capital investissement » rappellent Nicolas Bouzou et Charles Beigbeder.
Les fonds de capital-investissement peuvent intervenir en amorçage, dès la création, comme après que les banques – avec ou sans Bpi – aient fait levier.
Quand on entre au capital d’une entreprise en amorçage, « on affine le business model avec le chef d’entreprise, on l’aide à trouver le premier client, à nouer des partenariats stratégiques, à trouver de nouveaux financements » nous dit Charles Beigbeder, fondateur de la holding d’investissement Gravitation.

Et derrière ces fonds, souvent des financiers, mais aussi, de plus en plus de particuliers. « Les particuliers financent comme jamais le capital investissement », nous assure Olivier Goy, fondateur d’123Venture.
« En 1997, 16 millions d’euros provenaient d’investissements privés ; en 2013, une seule société de gestion comme 123Venture a levé, à elle seule, 247 millions d’euros auprès d’investisseurs privés, c’est vous dire la révolution que c’est… »
Si le financier Olivier Goy partage l’enthousiasme assez communicatif du plateau des intervenants, en répétant que l’on a une chance extraordinaire en France, puisque trois pieds viennent financer les PME – investisseurs institutionnels, État, particuliers –, il rappelle aussi, que « tous les projets ne méritent pas d’être financés ».
Et que, « le crowdfunding a, à cet égard, une vraie utilité puisqu’il permet un test grandeur nature ».
Outil de financement participatif, outil de communication, créateur de confiance, et effectivement, test grandeur nature, les plateformes de crowdfunding auraient toutes les vertus, aux dires d’Alexandre Boucherot, fondateur de la plateforme Ulule.
« Sur Ulule, on ne va pas chercher le financement auprès des banques ou des institutionnels, mais auprès des futurs clients ; et cela fonctionne très bien puisque l’on a plus de 3 700 projets financés, dont 62 % de succès. »

Il est vrai qu’à écouter Alexandre Boucherot nous raconter le parcours de cet entrepreneur qui désirait lancer une gamme de jeans, de fabrication française, cela paraît simple : « il fallait 100 préventes à Thomas Huriez pour lancer sa production ; en quelques semaines, Thomas Huriez en récolte 900, et collecte 110 000 euros. Depuis, il a créé cinq emplois. »
Le business model sur lequel repose Ulule est celui du financement non dilutif (contreparties non financières), mais il existe d’autres familles de crowdfunding, comme la prise de participation (l’equity base) ou le prêt.
Et Julien Tokarz de renchérir : « D’ici quelques années, quand Thomas Huriez voudra se développer à l’international, quels financements seront adaptés à son entreprise, devenue mature ? »
« Les banques, bien sûr, sont souvent les premières à intervenir dans la phase de développement », intervient Stéphane Cohen. « On a une entreprise qui est mature, qui a fait ses preuves, qui a un historique, une rentabilité, un modèle économique qui est posé, avéré. Et là, évidemment, la question c’est de respecter l’équilibre entre les fonds propres et la dette. »
Il faut dire aussi que si le financement bancaire est si important en France, c’est que le dirigeant a trop souvent peur d’être dilué.
« C’est juste, mais quand on est face à une entreprise mature, il y a plein d’autres cas possibles » ajoute Olivier Goy.
En ce moment, le financement star, c’est celui en obligations convertibles, autrement appelé dette mezzanine.
Du point de vue des banquiers, ce sont de quasi-fonds propres, car le banquier sera toujours prioritaire si les choses tournent mal ; et du point de vue de l’actionnaire (du dirigeant), c’est quelque chose qui ne vient pas perturber sa prise de décision et sa gouvernance au quotidien.
L’obligation convertible, c’est un peu l’outil magique, parce qu’elle permet de travailler avec des groupes qui n’auraient pas voulu changer leur gouvernance ; et pour être tout à fait honnête, ça permet aussi à des fonds de travailler avec des PME de belle qualité et avec lesquelles ils n’auraient pas pu travailler autrement. » Pourquoi cet engouement ? En 2013, 123Venture a réalisé 52 deals en obligations convertibles, soit un par semaine.
« Parce que même si les banques financent beaucoup l’économie, elles le font dans des proportions moindres qu’auparavant. Un exemple : au pic de la bulle, les banques pouvaient prêter jusqu’à cinq, six fois le résultat d’exploitation, ce qui fait qu’aujourd’hui beaucoup d’entreprises sont asphyxiées, elles n’y arrivent plus ; tous les cash flow passent dans le remboursement de la dette.


























Aujourd’hui, les banques ont retenu les leçons, mais peut-être un peu trop, et elles prêtent deux à trois fois le résultat d’exploitation. Et à deux ou trois fois le résultat d’exploitation, ça ne suffit souvent pas pour financer tous les projets. »
Et puis les entreprises ont souvent du mal à faire financer par la banque leurs besoins à faible valeur de gage (comme le développement d’une force de vente par exemple) nous dit Charles Beigbeder, créateur du fonds Audacia, qui, justement aide les entreprises à financer leur BFR de croissance.
« C’est vrai que les banquiers financent facilement des produits, qui portent en eux-mêmes leur garantie intrinsèque (le matériel, l’immobilier), et il est également vrai que les entreprises se plaignaient de ne pas avoir de financement adapté pour les besoins en fonds de roulement de croissance, en financement de l’innovation » confirme Dominique Caignart.
Bpi a donc créé toute une gamme de produits, prêts sans garantie, qui vient compléter les prêts bancaires et les investissements en capital.
« Chaque fois qu’un banquier ou un investisseur va mettre un million sur la table, Bpi va mettre un million : l’investisseur voit l’intérêt d’avoir un effet de levier sur sa mise de fond, le dirigeant est un peu moins dilué, le banquier fait son business et Bpi devient partenaire, ou accélérateur de croissance. Et désormais, nous militons en faveur du surfinancement. Vous rentrez chez votre banquier pour lui demander un million. Et s’il fait son boulot, vous devez en ressortir avec deux ! »

FRANÇOIS MILLO
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’OEC-PIDF
 
SOPHIE TIANO
DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DES JTE